Spoiler : la science dit non. Depuis longtemps.
Vous connaissez la scène. Vous annoncez fièrement que vous vous êtes inscrit à votre premier 10km. Et là, immanquablement, quelqu’un — ta belle-mère, ton collègue du bureau, le monsieur dans l’ascenseur — sort la phrase :
« Ah mais attention, courir ça abîme les genoux. »
Dite avec la conviction de quelqu’un qui détient une vérité universelle. Transmise de génération en génération. Répétée tellement souvent qu’elle est devenue un fait établi.
Sauf que non.
Courir abîme les genoux : ce que dit vraiment la science
Une méta-analyse portant sur 125 810 personnes — oui, vous avez bien lu — a comparé le taux d’arthrose du genou entre coureurs amateurs, coureurs de compétition et sédentaires. Résultat :
- 🏃 Coureurs amateurs : 3,5% d’arthrose
- 🛋️ Sédentaires : 10,2% d’arthrose
En effet, les sédentaires ont trois fois plus d’arthrose que les coureurs amateurs. Trois fois.
Et pour enfoncer le clou, une étude de 2023 menée sur 3 804 marathoniens du Chicago Marathon a cherché le lien entre kilométrage, années de pratique, nombre de marathons complétés et arthrose. Conclusion : aucun lien. Zéro. Nada.
Alors c’est quoi les vrais facteurs de risque ?
Bonne question. La même étude les a identifiés clairement :
- L’âge
- L’IMC
- Les antécédents de blessures ou chirurgies du genou
- Les antécédents familiaux
Vous remarquez ce que ces facteurs ont en commun ? Ils concernent tout le monde — coureur ou pas. Ce n’est pas la course qui abîme les genoux. Ce sont ces facteurs-là.
Mais alors d’où vient ce mythe ?
Deux sources principales :
1. La confusion amateur/élite
Les études sur les athlètes de haut niveau montrent effectivement des taux d’arthrose plus élevés — 13,3% chez les coureurs d’élite. Mais un athlète de haut niveau encaisse des volumes et des intensités sans commune mesure avec le coureur du dimanche. Comparer les deux c’est comparer un maçon qui porte 50kg de parpaings par jour à quelqu’un qui fait son déménagement une fois tous les 10 ans.
2. La blessure mal soignée
Ce qui abîme vraiment les genoux, c’est courir blessé, trop vite, trop tôt, sans écouter son corps. Le genou n’est pas fragile — il est intelligent. C’est vous qui ne l’êtes pas toujours. (Je dis « vous », je veux dire « nous ».)
La vraie menace pour vos genoux
En tant que kiné et ostéo, j’en ai vu passer des genoux en colère. Rarement à cause du running en lui-même. Quasi systématiquement à cause de :
- Une progression trop rapide (la règle des 10% par semaine, ça existe pour une raison)
- Un manque de renforcement musculaire
- Des chaussures inadaptées
- L’absence de récupération
- Et le classique : « j’avais un peu mal mais j’ai continué quand même »
Conclusion
Courir n’abîme pas vos genoux. Ne pas bouger, prendre du poids et ignorer vos douleurs — ça oui.
La prochaine fois que quelqu’un vous sort le mythe, sortez les chiffres. 3,5% vs 10,2%. C’est votre arme.
Et si votre belle-mère insiste, inscrivez-la à un 5km. Pour son bien. 🏅
Sources
- Alentorn-Geli E. et al. The Association of Recreational and Competitive Running With Hip and Knee Osteoarthritis.Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2017. PubMed
- Hartwell MJ. et al. Does Running Increase the Risk of Hip and Knee Arthritis? A Survey of 3804 Marathon Runners. Sports Health, 2023. PubMed
- Dhillon J. et al. Effects of Running on the Development of Knee Osteoarthritis. Orthopaedic Journal of Sports Medicine, 2023.
🏅L’AVIS DU TONTON
Kiné · Ostéo · Marathonien · Fier membre de la Tontonfrérie du DNF
« Si la science le dit, écoute Tonton ! »


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