Spoiler : ni tout blanc, ni tout noir. Mais votre prof de gym avait probablement tort.
Depuis le collège, le rituel est gravé dans le marbre : avant de courir, on s’étire. Quadriceps, ischio-jambiers, mollets — la séance complète, bien statique, bien longtemps. C’est ce qu’on vous a appris. C’est ce que tout le monde fait.
Sauf que la science a changé d’avis. Plusieurs fois. Et la version 2024 est bien plus nuancée — et bien plus utile — que « s’étirer c’est bien » ou « s’étirer c’est mal ». On fait le point sur ce que les études disent vraiment sur l’étirement running avant course.
Tonton a épluché les études. Voilà ce qu’on sait vraiment.
Le problème avec l’étirement statique avant de courir
L’étirement statique, c’est le classique : vous tenez une position, vous sentez la tension, vous maintenez 30, 45, 60 secondes. Ça fait du bien psychologiquement. Ça donne l’impression de préparer le corps.
Sauf que physiologiquement, c’est plus compliqué.
La recherche est désormais claire sur un point : un étirement statique prolongé — au-delà de 60 secondes par groupe musculaire — avant un effort induit des baisses de performance mesurables de 4 à 7,5% sur la force et la puissance. Le mécanisme est double : d’un côté une réduction de la rigidité du complexe muscle-tendon, de l’autre une diminution de l’activation des unités motrices.
En clair : vous avez rendu votre muscle moins efficace juste avant de lui demander de travailler.
La nuance importante — et c’est là que ça devient intéressant : un étirement statique court (moins de 60 secondes par groupe musculaire), intégré dans un échauffement complet, n’altère la performance que de façon triviale — 1 à 2%. Quasi négligeable. Et dans ce contexte, il peut même contribuer à réduire le risque de blessures musculo-tendineuses.
Le problème n’est donc pas l’étirement statique en soi. C’est l’étirement statique long, seul, juste avant de courir. Ce que fait… à peu près tout le monde.
L’étirement dynamique : pourquoi c’est mieux avant de courir
L’étirement dynamique, c’est le mouvement contrôlé — montées de genoux, talons-fesses, fentes marchées, rotations de hanches. Pas de position tenue, pas de tension maintenue. Du mouvement.
Et là les études sont unanimes : l’échauffement dynamique améliore significativement les performances en sprint, contrairement à l’étirement statique qui les dégrade. La durée optimale identifiée par les méta-analyses : 7 à 10 minutes.
Pourquoi ça marche mieux ? Parce que le mouvement dynamique prépare le corps de façon globale — il élève la température musculaire, améliore la vitesse de conduction nerveuse, active les récepteurs proprioceptifs sans les inhiber, et prépare le système cardiovasculaire progressivement.
L’étirement statique prolongé fait l’inverse : il demande au muscle de se relâcher au moment où vous allez lui demander de se contracter.
Dynamique, actif, statique — on fait le point
Parce que la confusion règne même chez les coachs, voilà la distinction qui change tout :
L’étirement statique → vous tenez une position, le muscle s’allonge passivement. Ex : assis, vous tirez votre pied vers vous pour étirer le mollet.
L’étirement dynamique → un mouvement contrôlé emmène le membre dans son amplitude. C’est la vitesse du mouvement qui crée l’étirement, pas une contraction volontaire. Ex : balancé de jambe, montée de genou.
L’étirement actif → vous contractez volontairement le muscle antagoniste pour étirer l’agoniste. Ex : vous levez la jambe tendue en contractant le quadriceps — c’est le quadriceps qui force les ischio-jambiers à s’étirer. C’est le principe de la PNF.
Trois mécanismes différents, trois moments différents, trois effets différents. Et non, « je fais des grands mouvements de bras » ne couvre pas les trois catégories.
Le protocole RAMP : la référence scientifique actuelle
- R — Raise (élever) : 2-3 minutes de marche active ou trot léger. On monte la température corporelle, le rythme cardiaque, la circulation sanguine.
- A — Activate (activer) : 2-3 minutes d’activation musculaire ciblée. Montées de genoux, fentes sur place, squats légers. On réveille les muscles qui vont travailler.
- M — Mobilize (mobiliser) : 2-3 minutes de mobilité articulaire dynamique. Rotations de hanches, cercles de chevilles, balancés de jambes. On libère les amplitudes sans inhiber.
- P — Potentiate (potentialiser) : 1-2 minutes d’accélération progressive. On passe de l’allure footing à l’allure cible. Le corps est prêt.
Pas d’étirement statique prolongé. Pas de position tenue 45 secondes. Du mouvement, de la progression, de l’activation. Simple et efficace.
Et après la course – là c’est le bon moment
C’est le grand paradoxe : on s’étire massivement avant, et quasi pas après. Or c’est exactement l’inverse que recommande la science.
Après l’effort, le muscle est chaud, irrigué, réceptif. C’est le moment idéal pour l’étirement statique — il contribue à la récupération, améliore la flexibilité sur le long terme, et réduit le risque de blessures musculo-tendineuses. Les études montrent une réduction de 54% des blessures musculaires aiguës avec un protocole d’étirement post-effort bien conduit.
Et le travail postural ? C’est également post-effort qu’il trouve sa place — renforcement des chaînes profondes, travail proprioceptif, gainage. Pas dans les 5 minutes qui précèdent votre sortie de 10km.
Le protocole Tonton : 10 minutes chrono !
Concrètement, voilà ce que la science recommande pour un coureur amateur avant une sortie standard :
- Minutes 1-3 — Marche active : pas de course, pas d’étirement. On marche vite, on réveille le système cardiovasculaire.
- Minutes 3-6 — Activation dynamique : 10 montées de genoux, 10 talons-fesses, 10 fentes marchées, 10 cercles de hanches de chaque côté.
- Minutes 6-8 — Mobilité articulaire : rotations de chevilles, balancés de jambes avant/arrière et latéraux, rotations de bassin.
- Minutes 8-10 — Accélération progressive : trot léger → allure footing → allure cible. Le corps est opérationnel.
Durée totale : 10 minutes. Matériel nécessaire : vos jambes. Niveau de complexité : accessible à un débutant complet.
Et après votre sortie — 10 minutes d’étirement statique. Quadriceps, ischio-jambiers, mollets, psoas. Là ça sert vraiment.
Attention — « 10 minutes d’étirement statique » ne veut pas dire 10 minutes sur le même mollet. On parle de 20 à 30 secondes maximum par groupe musculaire, répétées 2 à 3 fois. Au-delà, vous n’améliorez plus rien — vous inhibez juste votre muscle pour rien en regardant le plafond.
Et non, tenir 3 minutes sur votre quadriceps en soufflant bruyamment ne vous rendra pas plus souple. Ça vous rendra juste plus ennuyeux à côtoyer en salle d’étirement. 😄
Ce qu’il faut retenir
La science de 2024 ne dit pas « ne jamais s’étirer avant de courir ». Elle dit quelque chose de plus précis et de plus utile :
Le fait de s’étirer statiquement longtemps avant de courir nuit à votre performance. S’étirer dynamiquement 7 à 10 minutes améliore votre performance. S’étirer statiquement après la course protège vos muscles.
Trois règles simples. Aucune excuse pour continuer à faire le grand écart sur le parking avant votre 10km.
Votre prof de gym avait donc partiellement tort. Mais vous pouvez lui pardonner — les études sur le sujet ont mis 30 ans à converger vers ces conclusions. Et certains coachs n’ont toujours pas lu la note de service. 😄
Et la prochaine fois que votre collègue vous explique qu’il « fait pas d’étirement avant de courir » parce que « c’est mauvais » — demandez-lui s’il sait qu’il existe trois types d’étirements : statique, dynamique et actif. Le silence qui suit vaudra toutes les études du monde. 😄
Sources
- Behm et al. Acute Effects of Static Stretching on Muscle Strength and Power. Frontiers in Physiology, 2019. PubMed
- Chaabene et al. Acute Effects of Static Stretching on Muscle Strength and Power. Journal of Strength & Conditioning Research, 2019. PubMed
- Lopes dos Reis et al. Effects of stretching on muscle strength, endurance, and power performance: A systematic review and meta-analysis. 2024.
- Behm et al. Potential Effects of Dynamic Stretching on Injury Incidence of Athletes. Sports Medicine, 2023. PubMed
- Jeffreys I. The RAMP Warm-Up System. Strength & Conditioning Journal, 2019.
- Faelli et al. The effect of static and dynamic stretching during warm-up on running economy. Int J Environ Res Public Health, 2021. PubMed
🏅L’AVIS DU TONTON
Kiné · Ostéo · Marathonien · Fier membre de la Tontonfrérie du DNF
« Si la science le dit, écoute Tonton ! »


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